Le sol parle. Habituellement, cela reste silencieux. Mais à Coves del Fem, un abri sous roche de la commune catalane d’Ulldemolins, la terre raconte une histoire d’il y a environ 8 000 ans.
Les gens revenaient ici encore et encore pour voir le monde changer sous leurs pieds.
Dans les montagnes de la Serra de Montsant, un changement majeur était en train de se produire. Les chasseurs-cueilleurs rangeaient leurs lances. Ils ramassaient des charrues. La transition a été compliquée, lente et mal documentée. Jusqu’à maintenant.
Les fouilles de 2026 dans la région du Priorat
De fin mai à fin juin 2026, une équipe de 25 personnes – enseignants-chercheurs, étudiants passionnés – a démarré le chantier. Il ne s’agissait pas simplement d’une simple opération de « scoop-and-bag ». Cela faisait partie d’une stratégie plus large de quatre ans financée par le ministère catalan de la Culture. L’Université autonome de Barcelone et le CSIC-IMC ont mené la charge, avec l’aide de la mairie locale.
Pourquoi cet endroit précis ? Coves del Fem se trouve au-dessus de la rivière Montsant. C’est un piège naturel. Un endroit pour faire une pause. Et au fil des millénaires, c’est devenu une archive.
Les étudiants n’ont pas seulement appris la théorie. Ils se sont salis les mains. Ils ont suivi une formation pratique sur le terrain pour obtenir leur diplôme, passant au crible les couches exactes où l’histoire s’est déroulée.
Des fosses de stockage transformées en capsules temporelles
C’est ici que les preuves deviennent concrètes.
Les excavatrices ont découvert des fosses. Pas n’importe quels trous dans le sol. Huit d’entre eux. Ils ont commencé comme des silos. Emplacements de stockage pour les céréales ou les surplus de nourriture. Cela implique un certain niveau de planification. Vous ne construisez pas de silo si vous prévoyez de manger votre récolte dans la semaine.
Mais ces fosses avaient une seconde vie. Lorsque les besoins de stockage se sont estompés, les habitants y ont déversé leurs déchets.
Soudain, ces fosses sont devenues des capsules temporelles.
À l’intérieur, les chercheurs ont découvert :
– Fragments de poterie décorés.
– Outils en silex.
– Débris de production de pierre.
– Restes d’os d’animaux provenant des repas consommés.
– Graines et fruits carbonisés.
Ce mélange d’objets dresse un tableau de la culture cardiale du Néolithique ancien. Cela montre une économie en transition. Il montre aux gens qui décident quoi manger et comment organiser leur vie quotidienne.
L’accumulation d’ordures ménagères dans des fosses abandonnées offre une vision plus précise de l’organisation du Néolithique primitif que n’importe quel site à ciel ouvert.
Creuser ces fosses a également perturbé les couches plus anciennes. Couches sans poterie. Probablement de la période mésolithique. L’ère des chasseurs-cueilleurs. Les fosses ont agi comme un scalpel, coupant le temps et révélant le passé qui se cache en dessous.
Un rare aperçu du passé des chasseurs-cueilleurs
La découverte la plus marquante de la campagne 2026 ? Deux couches mésolithiques exceptionnellement préservées.
Les fouilles précédentes les avaient manqués. Peut-être que l’érosion les a recouverts. Peut-être que les archéologues précédents recherchaient de la poterie et non des graines carbonisées. Quoi qu’il en soit, cette saison a révélé trois foyers et un trésor de matériaux.
Objets façonnés en silex. Os d’animaux. Vestiges archéobotaniques – preuves végétales préservées qui peuvent reconstruire l’environnement ancien.
C’est énorme. Le processus de néolithisation – le passage de la recherche alimentaire à l’agriculture – est mal compris dans l’intérieur des terres du nord-est de la péninsule ibérique. Nous avons des sites côtiers. Nous avons d’autres vallées. Mais ce paysage de montagne ? C’était la frontière.
Ces couches nous permettent de nous demander : Comment exactement les chasseurs-cueilleurs ont-ils cédé la place aux premiers agriculteurs sur un terrain accidenté ?
Nous savons que c’est arrivé. Nous ne savons pas vraiment comment cela s’est déroulé au quotidien. Les agriculteurs ont-ils remplacé les chasseurs ? Se sont-ils mariés entre eux ? Ont-ils adopté la terre ? Les données de Coves del Fem commencent à répondre à ces questions.
Pourquoi Coves del Fem est important
Le refuge couvre environ 300 mètres carrés. C’est grand. C’est accessible. Et il fait l’objet de fouilles continues depuis 2013.
La plupart des sites sont fragmentés. Vous obtenez une couche ici, une couche là. Coves del Fem propose une séquence quasi continue. Cela commence au Mésolithique supérieur, vers 6000 avant JC. Elle s’étend jusqu’au Néolithique ancien, vers 4 500 avant JC.
C’est un instantané de 1 500 ans de bouleversements sociaux.
Les archives sont si complètes que les chercheurs peuvent même retracer une activité dispersée remontant au Paléolithique supérieur. Et en avant, jusqu’à la fin du Néolithique et à l’aube de l’Âge du Métal.
Cette continuité est rare en Catalogne. Cela fait du site un objectif inestimable. Vous pouvez voir les changements culturels. Les changements technologiques. La façon dont les gens ont commencé à déplacer les ressources différemment.
Regarder vers l’avenir
Le travail de terrain de 2026 n’était qu’un chapitre d’une histoire plus vaste. Il appartenait au projet « Coves del Fem : Utilisation et exploitation des terres dans le bassin inférieur du Montsant (80 000-2 000 avant JC) ».
Ce projet s’étend de 2026 à 2029. L’objectif ne se limite pas à creuser des trous. Il s’agit de comprendre comment ces communautés préhistoriques utilisaient le paysage. Comment ils exploitaient les ressources naturelles. Comment ils ont modifié leur environnement au fil des millénaires.
Ce travail n’aurait pas lieu sans la famille Borrull. Ils sont propriétaires du terrain. Ils possèdent Coves del Fem. Leur soutien permet de garder le passé visible.
Les données arrivent. L’analyse ne fait que commencer. Que se passe-t-il lorsque nous traitons toutes ces graines carbonisées et ces outils en silex ? Nous pourrions enfin comprendre le coût humain de la première ferme.
Ou du moins, quelle sensation cela faisait-il de rester sur place alors que vos ancêtres passaient toute leur vie à bouger.
La montagne continue de veiller. Et maintenant, il commence à répondre.


























