Un os échoué. Ou plutôt, il a été retrouvé enfoui dans la boue d’une île canadienne. Il appartient à un ornithomimosaure, un oiseau rapide qui courait sur deux pattes et ressemblait suffisamment à une autruche pour vous faire plisser les yeux.
Ce spécimen particulier est une seule vertèbre de la queue.
Il a été extrait des sédiments marins de l’île Denman, au large des côtes de la Colombie-Britannique. La couche rocheuse remonte au Campanien du Crétacé supérieur. Il y a environ 75 à 80 millions d’années.
Pourquoi y a-t-il un os de dinosaure dans la mer ?
Le Dr David Evans de l’Université de Toronto affirme que cette espèce n’est probablement pas originaire de l’eau. L’animal est probablement mort sur l’ancienne côte. Peut-être qu’il a été emporté au large par des charognards. Peut-être que les courants ont transporté l’os le long du rivage. Ou peut-être que la carcasse entière s’est envolée avant de se briser, déversant ce petit morceau d’histoire dans les profondeurs.
Les ornithomimosaures n’étaient pas énormes, mais ils étaient rapides. On parle de 50 à 60 kilomètres/heure. Longues pattes, becs édentés, petites têtes. Ils ne se contentaient pas de courir, ils se nourrissaient de tout ce qu’ils pouvaient trouver : plantes, œufs, petites proies. Des omnivores sans règles.
« Le fossile est… le premier provenant d’affleurements canadiens. »
C’est la clé ici.
Avant cet article, un seul autre morceau d’os de dinosaure avait été découvert dans le groupe de Nanaimo. Maintenant, nous avons une seconde. C’est rare. Les archives fossiles de la côte Pacifique sont calmes. Mais ce n’est pas silencieux.
Evans et son équipe, dont Victoria M. Arbour, affirment que cet os suggère que ces dinosaures erraient plus à l’ouest que nous le pensions. Plus précisément, les parties nord de l’Amérique du Nord qui bordaient la Voie maritime intérieure de l’Ouest.
Est-ce qu’il y a beaucoup de preuves ?
Non, c’est une seule vertèbre. Mais cela aligne l’île Denman avec des endroits comme les formations Judith River et Two Medicine à l’est. Même latitude, même période, roches différentes. La question demeure : les montagnes ont-elles bloqué leur chemin ? La côte du Pacifique a-t-elle accueilli sa propre population de coureurs, évoluant séparément de celle de l’intérieur ?
Nous ne savons pas.
Pas encore. L’article a été publié dans la revue FACETS en avril 2026, le marquant comme le deuxième fossile de dinosaure connu de ce groupe spécifique. Deux valent mieux qu’un, bien sûr. Mais deux laisse beaucoup de place à plus de questions que de réponses.
Peut-être que le prochain ne sera pas qu’un os.
Ce sera peut-être un pas. Ou un nid. Ou juste un autre fragment dérivant dans le noir.
Source :
Arbour, VM et coll. 2016. «Un ornithomimosaure de la formation Cedar District…» FACETTES. 10.1371/journal.pone.0251752
