Comment la réinondation de la mer d’Aral asséchée peut arrêter une explosion de carbone caché

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L’odeur du lit d’un lac asséché en plein été est indubitable. Cela vous frappe avant que vous ne le voyiez. Un nuage âcre et sulfureux s’élevant de la boue craquelée. Ce n’est pas seulement une décadence. C’est la Terre qui exhale ses secrets.

Sous cette boue se trouve une boue riche. Algues. Plantes mortes. L’écume d’étang. Et caca. Beaucoup. Lorsque cette matière organique sèche, elle libère des gaz. À petite échelle, ça sent mauvais. À grande échelle, c’est une catastrophe climatique.

Partout dans le monde, les lacs disparaissent. Les scientifiques avertissent désormais que ces lits de séchage pourraient émettre des gaz à effet de serre qui rivalisent avec la combustion des combustibles fossiles. La mer d’Aral, la plus grande étendue d’eau asséchée du monde, est l’illustration emblématique de cette catastrophe. Une nouvelle étude publiée dans Science révèle que depuis son assèchement dans les années 1960, l’Aral a émis 204 mégatonnes de CO2. Cela représente 225 millions de tonnes américaines de dioxyde de carbone.

Mais il y a une lueur d’espoir dans la poussière salée.

Le coût du coton d’une mer en voie de disparition

La mer d’Aral n’a pas toujours été un désert. Autrefois quatrième plus grand lac de la planète, il regorgeait d’eau. L’effondrement a commencé à l’époque soviétique. Les ingénieurs ont détourné ses deux principaux affluents, l’Amou-Daria et le Syr Darcy, pour irriguer les champs de coton de l’Ouzbékistan. Le coton a soif. La mer ne l’était pas.

Dans les années 1990, le lac avait disparu à l’horizon. A sa place se trouve un désert salin et sifflant. Une blessure géante dans la terre qui pourrit au soleil.

La nouvelle recherche quantifie les dégâts. Entre 196 et 202, des études de site et des carottages confirment que 204 mégatonnes de CO2 se sont échappées dans l’atmosphère lors de l’évaporation de la mer. Il ne s’agit pas seulement d’une tragédie écologique locale. Il s’agit d’une erreur mondiale de comptabilisation du carbone.

Vent, sédiments et émissions oubliées

L’étude a révélé une mauvaise tournure. Près de 20 pour cent des émissions d’Aral ne proviennent pas de la décomposition chimique dans la boue. Ils viennent du vent.

À mesure que le lit du lac s’assèche, les sédiments fins et riches en carbone s’envolent. Ces particules deviennent en suspension dans l’air. Ils transportent leur charge utile de carbone directement dans l’atmosphère. Les chercheurs n’avaient jamais expliqué cette perte due au vent. C’était invisible. Jusqu’à maintenant.

“Quand un lac s’assèche, nous sommes confrontés à un problème hydrologique, écologique et socio-économique”, déclare l’écologiste Núria Catalán du Conseil national espagnol de la recherche. “Mais nous modifions également le cycle du carbone d’une manière qui reste largement absente de la comptabilité climatique.”

La réinondation peut-elle inverser la tendance ?

La mer d’Aral n’est pas la seule à connaître son déclin. Le Grand Lac Salé aux États-Unis. La mer de Salton. Lac d’Ourmia en Iran. Le lac Poopó en Bolivie. Tous rétrécissent. Ce sont toutes des bombes à carbone potentielles.

Mais une certaine reprise est visible dans le nord d’Aral. Le gouvernement du Kazakhstan a mis en œuvre des lois plus strictes sur l’utilisation de l’eau. Ils ont veillé à ce que le Syr-Daria continue de couler dans le bassin nord. C’est un petit pas, mais cela prouve que l’intervention humaine peut réparer les dégâts.

“Il y a un trésor de carbone caché sous la mer d’Aray”, explique le biochimiste Rafael Marcé. “Si ces sédiments restent exposés, le carbone continue d’être libéré. ​​Si la mer est à nouveau inondée… cela fait partie de la solution climatique.”

La réinondation du bassin pourrait emprisonner les 165 mégatonnes restantes de carbone piégé. Cela fait passer la mer d’une source d’émissions à un puits de carbone. C’est un énorme changement de valeur.

Les glaciers et l’argent

C’est ici que ça se complique. Le changement climatique menace le redressement de la région d’Aral. Les fleuves Amou et Syr-Daria sont alimentés par la fonte des glaciers des montagnes du Tian Shan et du Pamir. Le réchauffement climatique réduit ces réserves de glace. L’eau s’évapore avant même d’atteindre le lac.

Ironiquement, la réinondation des mers intérieures asséchées pourrait contribuer à atténuer le changement climatique qui entraîne la perte des glaciers. C’est une boucle de rétroaction qui attend d’être rompue.

Les auteurs de l’étude suggèrent d’examiner cette question sous l’angle de la finance carbone. La protection des sédiments enfouis a une valeur monétaire. Si nous quantifions cette valeur, nous pouvons attirer des financements. Les marchés du carbone pourraient payer pour réinonder l’Aral. C’est une approche pragmatique face à une catastrophe environnementale.

La question n’est pas de savoir si nous pouvons nous permettre de sauver l’Aral. Il s’agit de savoir si nous pouvons nous permettre de le laisser continuer à empoisonner le ciel.

La technologie existe. La science est claire. Le vent souffle, emportant les secrets du lac mort dans nos poumons.